Guerre en Ukraine : pour qui joue le temps ?

 

Après 15 mois d’une guerre dont rien ne permet d’espérer la fin prochaine, pour qui joue le temps dans ce conflit ? Quel protagoniste peut parier sur le fait que le temps joue en sa faveur ?

L’Ukraine peut bien sûr espérer que le soutien indéfectible et jamais démenti des Occidentaux unis fera petit à petit pencher la balance en sa faveur, la Russie ne recevant qu’une aide militaire de pays comme l’Iran ou la Corée du Nord, dont les ressources sont forcément limitées. L’Ukraine espère aussi une issue rapide du conflit après une contre-offensive dont le succès lui permettrait de récupérer l’essentiel, si ce n’est la totalité, des territoires perdus. Il reste néanmoins deux inconnues pour Kiev : combien de temps durera le soutien massif du camp occidental ? Et celui-ci pourrait-il survivre à une alternance politique aux États-Unis ? Ou même simplement à l’entrée en campagne de Donald Trump, qui a refusé de dire publiquement lors d’une émission sur CNN s’il souhaitait la victoire de l’Ukraine ? En revanche, si la contre-offensive échoue ou n’est pas suffisamment victorieuse, des pressions de plus en plus fortes risquent de s’exercer pour mettre fin au conflit. Une pause qui pourrait s’avérer plus longue que prévu, voire définitive et qui priverait l’Ukraine d’une partie du territoire.

Du côté de la Russie, la tentation de jouer la montre en pariant sur un affaiblissement de l’aide occidentale à l’Ukraine existe bel et bien. Moscou peut espérer pouvoir défendre les territoires conquis dans la mesure où le nombre de forces assaillantes doit être supérieur aux forces défensives, la démographie russe et le refus des pays occidentaux d’envoyer des troupes combattantes jouant ainsi en sa faveur. Cependant, plus le conflit dure, plus la Russie montre sa faiblesse. Elle subit des pertes importantes qui pourraient mettre à mal la résilience pourtant importante de la population russe. On a parfois l’impression que Vladimir Poutine ne contrôle plus vraiment la situation et qu’à force, son image pourrait être écornée au sein de son propre pays. Il n’est pas anodin de voir le patron d’une milice privée insulter le ministre de la Défense et le chef du major des armées, sans que le président russe ne réagisse. Par ailleurs, les scénarios les plus noirs évoquent le démembrement de la Russie. Il est en tout cas certain que plus le conflit dure, plus la Russie s’affaiblit en tant que puissance. Aussi, même si la Russie conserve une partie des territoires conquis, le gain sera mineur par rapport aux pertes subies.

Les États-Unis peuvent estimer que l’affaiblissement durable de la Russie fait partie de leurs intérêts et qu’un conflit qui s’enracine leur garantit ce résultat pour des temps de plus en plus longs. Ils ont par ailleurs, depuis le début du conflit, regagné une influence indéniable en Europe. Le trouble des années Trump ou de la débâcle de Kaboul sont largement oubliés. Mais Donald Trump peut revenir dans le jeu et faire campagne sur la fin de l’aide à l’Ukraine dès le début 2024.

Et il y a le spectre de la montée en puissance de la Chine. Paradoxalement, si les États-Unis ont renforcé leur influence en Europe et sont le leader incontestable du monde occidental, leur leadership dans le reste du monde est plus faible. La contestation de la domination occidentale du monde devient de plus en plus forte et la Chine fait une habile campagne de communication en se présentant comme le pays qui cherche à trouver une issue pacifique à un conflit qui est alimenté par les États-Unis, du fait de leurs fournitures d’armes à l’Ukraine. Les États-Unis ont échoué à rassembler dans un soutien à la cause ukrainienne les pays non-occidentaux, ces derniers souhaitant de plus en plus que ce conflit prenne fin au plus vite.

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