L’honneur perdu de Marie-Ève Malouines

Il fut un temps où, en charge du service politique à France Info, Marie-Ève Malouines était une journaliste respectée. Ce temps est bel et bien révolu.

 

Marie-Ève Malouines a eu l’opportunité d’obtenir une position plus confortable. Frédéric Haziza lui a en effet proposé de prendre la présidence de la chaîne LCP-Assemblée nationale (LCP/AN). Le titulaire du poste, Gérard Leclerc, donnait satisfaction, mais Frédéric Haziza entretenait de mauvaises relations avec lui. Ce premier allait payer l’outrecuidance qu’il avait eue en lui rappelant la nécessité de respecter quelques règles déontologiques. Frédéric Haziza bénéficie de l’écoute de son ami de longue date, Jean-Luc Porcedo, directeur de cabinet de Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale. La volonté de ce dernier d’encourager la parité allait leur offrir un bon prétexte de promouvoir une femme à la tête d’une chaîne parlementaire, idée qui ne pouvait que rencontrer un large assentiment. Mais pour Frédéric Haziza, il s’agissait plus d’en faire une obligée aux mains liées.

Comme Marie-Ève Malouines n’avait pas réellement de programme prêt et qu’il y avait quand même un passage devant le conseil d’administration, Frédéric Haziza lui conseilla par mail de copier le programme de Gérard Leclerc. Mais, par erreur, au lieu de l’adresser à Marie-Ève Malouines, il l’envoya à Gérard Leclerc. C’était ballot ! Ce dernier comprit immédiatement ce qui se tramait. Le conseil d’administration fut un peu secoué, mais Marie-Ève Malouines fut tout de même nommée à la présidence de LCP/AN. Bravo l’artiste ! À l’université, ou même lors du baccalauréat, un copieur ou tricheur est exclu cinq ans. À LCP/AN, on est nommé pour trois ans après avoir copié le programme de son concurrent. Et ensuite, on se plaint de la méfiance du public à l’égard des médias ?

Curieusement, Le Canard enchaîné, qui dans sa chronique médias pourfend les turpitudes de l’audiovisuel public et privé, resta muet sur ce sujet. De nombreux médias, par ailleurs partenaires de LCP/AN, s’abstinrent également d’informer le public de ces « petits arrangements ».

Marie-Ève Malouines donne rapidement pour instruction aux journalistes de la chaîne de ne pas m’inviter, afin de complaire à son mentor. Belle conception de la démocratie pour une chaîne sous l’égide de l’Assemblée nationale.

Lors du conseil d’administration du 14 décembre 2016, la députée Isabelle Attard souleva la question de la censure dont je fais l’objet (accessoirement, elle évoque aussi des problèmes de harcèlements sexuels mis sous le boisseau). Marie-George Buffet, absente lors de ce conseil, avait envoyé une lettre interrogeant sur les motifs de mon interdiction d’antenne. Marie-Ève Malouines crut habile d’expliquer que je n’avais de toute façon que peu d’audience (un argument curieux lorsqu’on est en charge de la chaîne parlementaire qui ne fait pas un « carton » en ce domaine).

Peu après, Frédéric Haziza invita son compère Frédéric Encel pour parler de son ouvrage, « Géopolitique de la nation France ». Dans un numéro manifestement bien orchestré, il poussa Frédéric Encel à qualifier Edwy Plenel, Alain Badiou et moi-même « d’ennemis de la nation ». Que, sur une chaîne publique, on puisse ainsi attaquer nommément des gens en leur absence, sur un acte d’accusation aussi grave, était proprement hallucinant. Edwy Plenel et moi-même protestèrent tout en demandant un droit de réponse à Marie-Ève Malouines. Cette dernière s’empressa de ne pas l’accorder, indiquant, pour ce qui me concerne, qu’un panneau où il était inscrit que je niais les accusations portées contre moi avait été montré pendant quinze secondes dans l’émission suivante. La conception du droit de réponse de Marie-Ève Malouines est curieuse ; elle l’exerce à la place de la personne visée par les accusations.

C’est parfaitement scandaleux et contraire à toute éthique. Mais Marie-Ève Malouines est prisonnière de ses conditions de nomination : il est bien plus confortable de présider la chaîne parlementaire que d’opérer un véritable travail de journaliste à Radio France. Certes, je suis prêt à parier qu’un comportement aussi contraire à la déontologie ne l’empêchera pas de poursuivre tranquillement ses fonctions. Peut-on se plaindre du rejet des élites, quand une partie de ces dernières ont un comportement aussi peu honorable ?

Ce n’est pas que je tiens particulièrement à être invité à LCP/AN. Mais, interdire d’antenne sur le service public parlementaire un directeur de think tank reconnu nationalement et internationalement, parce que ses idées sur le conflit au Proche-Orient dérangent un des journalistes de la chaîne, ne devrait pas être admissible.